Portrait de Joseph K. Roman

Joseph K. Roman : « Il n’y a que le cinéma pour nous proposer cette expérience unique »

Joseph K. Roman nous raconte les raisons de son amour pour le cinéma et sa profession de directeur artistique. Jeune illustrateur, il cultive son imagination dans la réalisation créative d’affiches alternatives de films ou de séries.

Quel est votre mot pour désigner votre profession ?

Je suis Directeur Artistique en publicité de formation. C’est ce que j’ai entrepris comme étude durant cinq ans. Tout au long de ces années, l’illustration servait plutôt de passe-temps. Au fur et à mesure, c’est devenu une activité en free-lance et au moment de chercher un emploi, cela aurait pu me servir de profession.

Cependant, c’était plus simple de devenir Directeur Artistique et surtout la formation que j’ai eue. La direction artistique régie pleine de domaines. Ce même article publié où figure cette interview sera dirigé artistiquement. Elle s’attache à n’importe quelle entreprise ou la communication de n’importe quel évènement.

En soi, la direction artistique consiste à diriger ce à quoi le projet va ressembler et ce dont on va s’inspirer pour le faire vivre et je trouve ce domaine passionnant. Personnellement, le domaine publicitaire ne parait peut-être pas le plus sexy avec son fonctionnement et ses règles capitalistes, mais je trouve très sympathique le secteur et le métier.

Là où l’illustration me donne plus de liberté, surtout ce que je fais en imaginant des affiches alternatives depuis cinq ans : effacer toutes les contraintes et les règles pour inventer de mon point de vue ce que cela aurait pu donner.

Quel est votre parcours pour être arrivé Directeur Artistique chez Publicis ?

Après le baccalauréat, j’ai entamé deux ans en DUT à IUT Paris-Descartes en option Publicité. Avec deux de mes amis, j’ai continué à Sup de Création qui est une petite école de réclame où j’ai appris énormément de choses et surtout savoir réaliser des publicités. Durant ses deux années, je suis passé par les agences de pub Jésus & Gabriel et Marcel. Jusque là, j’étais plutôt autodidacte en direction artistique, j’ai continué à l’École de la Communication visuelle (ECV) à Bordeaux pour obtenir un diplôme dans le domaine.

Après 6 mois en free-lance avec ma team, ce qui est compliqué quand on vient juste de débuter, j’occupe aujourd’hui un poste à Publicis Sport.

Quel est le style de vos œuvres et votre force singulière en tant que directeur artistique ?

Cela paraît facile comme réponse, mais ma force c’est l’illustration. Ce n’est pas un domaine que tout le monde maîtrise en publicité : cela m’est utile que ce soit pour créer des logos, une identité.

Est-ce que les illustrations de presse vous irez aussi ?

J’ai déjà réalisé de l’illustration de presse en stage, cela m’a paru remarquable. Il y a un même un moment où j’ai envisagé d’en faire et à terme pourquoi pas, dans le journal Le 1. J’ai illustré le portrait de George Floyd et l’invasion du Capitole par exemple pour souligner l’importance de montrer aux gens de quel côté on est et de soutenir ces causes en masse.

Qu’est-ce qui vous attire à travers la conception d’affiches de cinéma ou de séries ?

À chaque fois qu’on voit un long-métrage, cette petite chose magique qui nous met dans l’ambiance du cinéma sommeille en nous. En étant enfant, quand on voit un film comme James Bond, on a envie d’être un espion. Aujourd’hui, c’est toujours pareil, au moment où je sors d’une séance, j’ai des idées visuelles qui me viennent assez facilement : des images qui me restent du long-métrage.

En apprenant comment faire techniquement en PAO, j’ai pu m’améliorer ma palette graphique, en étudiant des notions conceptuelles, j’ai pu progresser sur la manière dont je décris ces contenus… Maintenant, dès que je regarde un film ou une série, je réalise son affiche alternative ce qui m’entraîne à continuer et à augmenter mes capacités artistiques, ainsi qu’une rémunération : cela coche pour moi toutes les cases.

Mon idole de ce que j’aimerais vraiment créer, c’est Beeple Crap qui publie un visuel par jour depuis 15 ans. Cela me plairait de tenir une périodicité aussi forte et fréquente que lui.

Un processus spécifique lors de la création de chaque œuvre ?

Sans révéler toute la magie qu’il y a derrière ces illustrations, je travaille par calque sur Illustrator. J’utilise des images qui existent déjà, que je calque avec mon style pour les extraire à ma sauce et ensuite que je replace ou restitue comme je le veux. Là où d’autres le réaliseraient en peinture digitale, je préfère le graphisme vectoriel.

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Quel regard portez-vous sur la généralisation des affiches de films ?

Je trouve tellement dommage que des archétypes d’affichages se développent. En comptant, créer un nouveau poster ne me prend jamais plus d’une semaine. Je n’arrive pas trop à comprendre derrière la logique si ce n’est la rapidité totale. On perd l’originalité avec cette généralisation d’affiche. Beaucoup de monde pourrait faire mieux, en France on compte de bons studios comme Silenzio et à l’international, l’agence Bond par exemple.

Quel est le prochain film que vous pensez illustrer ?

Dans mes tiroirs, j’ai réalisé plusieurs illustrations en cours, mais mes prochains seront WandaVision, voire même toutes les affiches Marvel.

Et forcément, le futur film de Pixar, Luca et le Wes Anderson à venir, The French Dispatch.

Quel le film ou le cinéaste qui a le plus impressionné ?

À titre personnel, ce sont les studios Ghibli.

Leurs histoires racontent des thèmes divers autant de l’amour que de la guerre, restent grand public, et néanmoins intensément poétiques et oniriques. Chaque long-métrage reste magnifique, c’est l’une des plus belles œuvres cinématographiques. Aucun Ghibli ne me parait au-dessus des autres.

Comment expliquer cet amour du cinéma ?

Aucune autre situation de visionnage de films ne propose cette expérience qu’offre une salle de cinéma qui nous transporte (sauf peut-être les parkings à ciel ouvert dans les voitures). J’ai envie de retrouver ce moment à partager dans un contexte pour draguer ou avec des amis pour profiter le soir !

Quelle série vous avez binge-watché dernièrement ?

Je dirais plutôt de regarder des animés qui sont jugés trop souvent sous-côtés, comme Mob Psycho — l’histoire magnifique d’un garçon qui possède des pouvoirs psychiques. Ou même de lire des mangas Seinen, comme 20 th Century Boys de Naoki Urasawa.

Un univers de film ou de série dans lequel vous voudriez vivre ?

Honnêtement, le présent est une très belle époque (rires).

À choisir, ce serait Good Morning England, prendre le bateau pirate avec cette équipe rebelle qui consacre sa vie sans limites pour la passion du rock. Une histoire incroyable à voguer contre le gouvernement et avec le peuple anglais : c’est euphorique.

Un film à envoyer dans l’espace pour présenter l’humanité aux aliens ?

Je pense qu’on devrait tout envoyer, car expédier un unique film ce serait montrer une seule vision de la Terre. Cela semblerait trop restreint vu chaque long-métrage donne sa vision du monde.

Quel.le artiste est-ce que vous recommanderiez de suivre sur Instagram ?

Dans la rubrique les artistes incontournables, je mettrais Pablo Rochat ou Tony Futura qui sont des graphistes conceptuels purs, qui trouvent de nouvelles idées en permanence. Pour les séries et films, j’aime les œuvres de Boss Logic.

Côté amitié dans le métier, je connais autour de moi Pierre Ferry qui dessine des illustrations où il raconte de belles histoires, Hugo Van Manen pour la photographie et Julien Rico Junior, qui m’a motivé à réaliser des affiches alternatives.

Quel est votre rêve de créatif ?

Bond, c’est le rêve de tout affichiste ou de tout illustrateur qui conçoit des posters de films. Chaque affiche de film stylé provient de chez eux, ils ont exécuté énormément de campagnes conceptuellement intéressantes. À long terme, j’aimerais bien intégrer cette agence, ils possèdent tout de ce dont l’on pourrait rêver.

Pour le moment, la publicité me va très bien, mais le jour où je m’en lasserais, je viserais des boîtes créatives de ce style.

Et sinon, comment ça va ?

En ce moment, ça va bien ! Je n’ai pas été impacté par la crise. À Publicis Sport, je mène beaucoup de projets assez exceptionnels en ce moment, comme la communication autour d’évènements sportifs comme les Jeux olympiques, la Ligue des Champions et de l’Euro. Et toujours continuer à produire des affiches des films que je vois au moins une fois par mois.

Joseph K. Roman publie ses posters alternatifs Instagram – et vous pouvez les commander sur son site

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Ayant grandi dans l’univers de CANAL+ et avec un iPod dans la poche, je pense que tout est possible 
à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais.
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